Sainte-Julie : l’impuissance à distance après l’ouragan en Jamaïque

Mélanie Dion, qui a passé une partie de son adolescence à Sainte-Julie, regarde en souffrance les ravages de l’ouragan Melissa, en Jamaïque, pays qu’elle a adopté il y a une dizaine d’années.

Il y a 10 ans, Mélanie Dion est tombée en amour avec la Jamaïque, ainsi qu’avec l’un de ses habitants. Bien qu’elle ne soit plus en couple avec le Jamaïcain, des liens étroits sont enracinés avec ce pays, qu’elle visite habituellement sur une base annuelle. Elle y retrouve alors amis et connaissances qui façonnent son monde.

L’ouragan Melissa a violemment frappé le sud-ouest de la Jamaïque, le 28 octobre dernier. Il s’agit de l’un des ouragans les plus puissants jamais enregistrés dans la région. Une semaine après le passage de cette tempête, le nombre de morts s’élevait à 32 en Jamaïque, sur un total d’au moins 76 dans l’ensemble des Caraïbes. Mélanie Dion soutient qu’il est douloureux d’être témoin, de loin, de la catastrophe naturelle. « Nous avons vécu des moments horribles avant et pendant l’ouragan, et après aussi. L’angoisse, le stress, la peur pour eux, imaginer le pire, suivre la progression de l’ouragan, paniquer en voyant que l’œil passait proche de plusieurs des nôtres », décrit-elle.

Elle a aussi vécu l’ouragan Beryl, survenu il y a 16 mois, qui a touché la Jamaïque en 2024. « Je me suis dit « Pas encore! ». Certains viennent de se relever et de finir les travaux. Et là, tout est parti. Cette dévastation, c’est désolant à voir. »

Pas de nouvelles

Au moment d’écrire ces lignes, Mélanie Dion n’avait pas encore eu de nouvelles de certains amis. Par la force des choses, de petits villages se trouvent isolés. « Les hélicoptères qui déposaient des vivres n’atterrissent même plus, car les gens commencent à être violents. Ils garrochent la bouffe. Les plus rapides se servent. Les autres ne mangent pas », dépeint-elle, émotive.

Aider de loin

D’ici, Mme Dion a lancé une campagne de sociofinancement. « Ils n’ont plus rien. Le toit de la demeure de mon ex-conjoint est arraché. Tout ce qui était dans la maison est détruit à cause de l’eau qui s’est infiltrée », affirme-t-elle. Elle souhaite que l’argent puisse aider à acheter les matériaux requis afin de reconstruire la maison, ainsi que le matériel de nécessité comme les lits, la nourriture ou des vêtements. « Il n’y a rien de plus difficile que le sentiment d’impuissance que nous vivons d’ici. Le peuple jamaïcain est très résilient. Ils s’organisent déjà, ils sont en action et s’entraident, même si, bien sûr, plusieurs volent aux autres », observe la femme. Elle s’inquiète des répercussions en lien avec la violence et la santé mentale.

Croix-Rouge

Devant l’ampleur des dégâts et la gravité de la situation humanitaire, les autorités jamaïcaines ont lancé un appel à l’aide internationale, auquel nous répondons en envoyant du matériel et des experts humanitaires à travers notre Plateforme d’intervention régionale Amériques-Caraïbes, basée en Guadeloupe.

L’ouragan Melissa, dont l’impact était redouté, a frappé avec force le territoire de la Jamaïque. Des vents atteignant près de 300 km/heure, des pluies torrentielles et une onde de tempête de près de quatre mètres ont dévasté l’île. Plusieurs localités sont inondées et des routes, coupées. Des infrastructures essentielles, telles que des hôpitaux, des écoles et des réseaux d’eau, sont gravement endommagées. Des milliers de foyers sont privés d’eau, d’électricité et d’abris sûrs. En raison de l’envergure des dégâts, les autorités ont déclaré l’ensemble du territoire « zone sinistrée ».

La Croix-Rouge jamaïcaine a ouvert des abris pour accueillir les familles les plus vulnérables, dont une majorité de femmes et d’enfants. Mobilisés avant même le passage de la tempête, les volontaires ont distribué des trousses d’hygiène, des bâches et des couvertures.

Plateforme en soutien

En réponse à l’appel à l’aide, la Plateforme d’intervention régionale Amériques-Caraïbes (PIRAC) a déployé des ressources humaines et du matériel grâce au soutien du Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Cette opération vise à soutenir la Croix-Rouge jamaïcaine dans ses efforts de secours et à renforcer les capacités locales d’intervention.

Elle s’articule autour de trois volets principaux : l’envoi, avec l’appui d’un navire des Forces armées aux Antilles, de 500 trousses pour les familles, contenant des articles de première nécessité (hygiène, abri, outils de nettoyage, ustensiles de cuisine, etc.), pour répondre aux besoins immédiats des sinistrés; le déploiement de deux unités de traitement de l’eau, en coordination avec le ministère de la Santé jamaïcain et les agrégats WASH nationaux et régionaux, afin de garantir un accès rapide à une eau potable sûre; l’envoi de ressources humaines spécialisées, dont deux salariés de la PIRAC et un expert technique en traitement de l’eau déployé en partenariat avec la Fondation Veolia, pour appuyer les opérations logistiques, la production d’eau potable et la coordination sur le terrain. D’autres renforts sont prévus pour épauler les équipes sur place.

Mélanie Dion a mis en place une campagne de sociofinancement. Il possible de contribuer en cliquant ici.