Sainte-Julie : la RSL lance son programme SAUVER contre la fraude amoureuse

La Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent (RSL) offre désormais le programme SAUVER, une initiative destinée à accompagner les personnes victimes de fraude amoureuse, particulièrement les aînés.

Baptisé SAUVER (Soutenir les victimes de fraude, éduquer et référer), le programme propose un accompagnement de groupe afin d’aider les participants à se reconstruire, à mieux comprendre les stratagèmes des fraudeurs et à retrouver confiance.

Inspiré d’un modèle développé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et lancé en 2024, ce programme vise à briser l’isolement des victimes, à prévenir la revictimisation et à les orienter vers les ressources appropriées.

Briser le cycle de la fraude

Éric Boulianne, agent sociocommunautaire responsable des aînés au poste de la RSL à Sainte-Julie, est à la tête du projet. Il explique que dans plusieurs dossiers de fraude amoureuse, les arnaqueurs revenaient à la charge avec de nouveaux stratagèmes afin d’arnaquer de nouveau leurs victimes.

« On s’est aperçu que, dans plusieurs cas, les policiers ouvraient un autre dossier pour une même victime quelques mois plus tard, car le fraudeur avait utilisé d’autres stratagèmes et le cercle recommençait.

Après avoir fait des recherches, j’ai découvert le programme SAUVER, instauré en 2024 au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), que j’ai pu adapter avec leur permission. »

Si les pertes financières sont souvent importantes, les conséquences psychologiques de ce type de fraude sont tout aussi lourdes. Les victimes peuvent éprouver un sentiment de honte, perdre confiance en elles et s’isoler de leur entourage, d’où l’importance d’un programme d’accompagnement avec un volet psychosocial, rappelle-t-il.

Trois rencontres d’accompagnement

Le programme vise à informer et à soutenir les victimes par le biais de trois ateliers d’accompagnement. La première rencontre est consacrée au soutien et permet aux participants d’échanger librement dans un climat d’écoute et de respect.

« Il s’agit d’une rencontre très importante, car elle brise les tabous entourant la fraude amoureuse. Les victimes peuvent voir qu’elles ne sont pas seules à avoir vécu cela et partager entre elles leur histoire », explique M. Boulianne.

La seconde rencontre, animée par le Centre de cybercriminalité de l’Université de Montréal, est axée sur l’éducation. Les participants y apprennent à reconnaître les principaux stratagèmes utilisés par les fraudeurs, les signaux d’alerte ainsi que les moyens de mieux se protéger. 

Enfin, la dernière rencontre vise à soutenir les participants en les aidant à briser leur isolement. Ceux-ci sont renseignés sur les ressources disponibles et bénéficient d’un accompagnement vers les services répondant à leurs besoins.

Déjà deux groupes

M. Boulianne mentionne qu’un premier groupe de dix personnes amorcera les rencontres en septembre et qu’un autre est déjà en formation pour janvier.

« Ce sont majoritairement des gens de 60 ans et plus qui sont inscrits au programme, précise-t-il. Ils sont arrivés dans l’univers virtuel avec plus ou moins de paramètres de sécurité et ne sont pas nécessairement conscients qu’il existe des gens malintentionnés sur le Web. »

Il affirme miser beaucoup sur ce programme, réalisé en partenariat avec le service de police, les CLSC, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est et Centre (CISSS) ainsi que le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC).

« J’ai rencontré tous nos jeunes policiers et nos équipes de patrouille par rapport à l’instauration de ce programme. Il y a donc une sensibilité particulière; on ne veut en échapper aucune. On est vraiment à l’avant-garde. Nous sommes l’une des premières organisations policières à aller en ce sens-là auprès de nos aînés », conclut-il.

Un service par invitation

Le programme est offert sur invitation aux résidents des 17 municipalités desservies par la RSL. Les personnes qui sont en contact avec une victime actuelle ou passée de fraude amoureuse peuvent, avec son consentement, transmettre ses coordonnées à l’équipe sociocommunautaire de la RSL à l’adresse sociocommunautaire@police-rsl.qc.ca. Il est recommandé de préciser si la personne souhaite participer au groupe de soutien ou si une rencontre de sensibilisation individuelle serait davantage adaptée à sa situation.

Par la suite, les victimes seront contactées directement par les policiers ou la travailleuse sociale de la RSL. Les organismes communautaires ainsi que les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux seront également invités à identifier les personnes susceptibles d’en bénéficier.

Des cas en hausse

Une fraude amoureuse consiste, pour un escroc, à créer un faux profil sur un site de rencontres ou les réseaux sociaux afin d’établir une relation de confiance avec sa victime. Après avoir développé un lien affectif, le fraudeur invoque diverses situations d’urgence ou imprévus pour lui soutirer de l’argent.

Les victimes, qui développent souvent de véritables sentiments envers leur interlocuteur, hésitent fréquemment à dénoncer la fraude par honte, culpabilité ou parce qu’elles peinent à accepter qu’elles ont été manipulées. Les autorités policières rappellent que ce type d’arnaque peut toucher toute personne peu importe sa situation socioéconomique.

Les pertes financières liées aux fraudes amoureuses continuent d’augmenter au Canada. Selon les données présentées par la Régie, elles sont passées de 18 M$ en 2020 à 58,4 M$ en 2024, ce qui représente une hausse de 225 % en quatre ans.