Sainte-Julie :  le motocross à l’honneur

Depuis plus de 50 ans, la famille Pepin fait vivre le motocross à Sainte-Julie. Aujourd’hui, la troisième génération perpétue la tradition en organisant des compétitions sur le circuit familial, qui figure parmi les plus anciens toujours en activité au Canada.

Le site julievillois, établi à Sainte-Julie près du 161, rue Principale, a marqué l’histoire du motocross canadien en accueillant plusieurs courses au fil des années réunissant des pilotes professionnels internationaux venant d’aussi loin que le Japon.

Cette année ne fait pas exception alors que se sont tenus, les 27 et 28 juin derniers, le Championnat provincial Challenge Québec et le Championnat national Triple Crown. Plus de 500 pilotes et 3500 amateurs de motocross étaient réunis pour l’occasion. Des participants venant de partout au Canada, des États-Unis et d’Europe étaient présents, dont l’Estonien Harri Kullas, renommé pilote professionnel de motocross âgé de 34 ans. Les courses ont également été diffusées en direct sur Ryde TV, une plateforme mondiale consacrée aux sports d’action.

« Organiser un championnat national d’une telle envergure demande d’importantes installations et de nombreux investissements. Notre dernier championnat national avait eu lieu en 2012, mais nous avons pris une pause avant de le ramener l’an dernier », explique Jessica Pepin, dont le père, Gilles Pepin, est propriétaire des lieux.

L’organisation des courses est aujourd’hui une véritable affaire de famille. M. Pepin a supervisé la conception du circuit avec l’aide de son fils Maxime, entrepreneur en paysagement qui est également pilote de motocross en catégorie Pro 450. Quant à Jessica, elle assure la logistique des événements depuis plusieurs années.

« Mon père a passé près de quatre mois à concevoir le circuit, entre la fin de l’été dernier et le début de cette année. Le plus beau compliment qu’il puisse recevoir, c’est lorsqu’un pilote du championnat national lui dit qu’il a adoré son expérience sur la piste », raconte-t-elle en souriant.

Passion partagée

Les terres appartiennent à la famille depuis 1855. M. Pepin raconte que son père a vendu la propriété en 1982 et qu’il l’a rachetée quinze ans plus tard. « Il y a toujours eu des courses de moto ici depuis 1972 », précise le sexagénaire.

Sa passion pour le sport motorisé remonte à son adolescence, alors que son père louait sa terre à Pierre Corbeil, un promoteur qui organisait à l’époque des courses de Super Motocross au Stade olympique de Montréal. « Il a commencé à organiser des courses ici, car le terrain était idéal. Vers l’âge de 13 ans, je me suis acheté une première moto ainsi qu’une pour mon frère. C’est comme ça que je me suis initié », raconte-t-il.

Après avoir évolué jusqu’au niveau expert professionnel, M. Pepin a été forcé de mettre fin à sa carrière en 1986 en raison d’une blessure. Il est toutefois revenu quelques années plus tard dans la catégorie vétéran, remportant plusieurs championnats canadiens ainsi que le titre de champion du monde des +40 ans, en Californie, en 2006.

Bien qu’elle ait grandi dans l’univers du motocross, Jessica n’a commencé à pratiquer ce sport qu’à l’âge de 20 ans, encouragée par une amie devenue son entraîneuse. Elle a participé à plusieurs courses en plus de finir 3e au Championnat provincial Challenge Québec dans la catégorie féminine B en 2019. La diplômée en psychologie a d’ailleurs choisi de réorienter sa carrière vers le milieu des sports motorisés. Elle occupe aujourd’hui le poste de cheffe de marque chez CKX, une entreprise spécialisée dans les équipements pour la moto, la motoneige et le VTT.

Un sport méconnu

Le père et la fille s’entendent pour dire que le motocross gagne à être connu. « Les gens sous-estiment les exigences physiques de ce sport. Au championnat national, les pilotes roulent pendant 30 minutes plus deux tours et ils sont une quarantaine à prendre le départ en même temps. Les ornières et les bosses, mais aussi les conditions météo représentent un réel défi, d’autant plus que les conditions du terrain changent constamment au fil des tours », explique la jeune femme de 34 ans.

Pour M. Pepin, c’est justement cette combinaison entre l’effort physique et les sensations fortes qui rend ce sport si captivant. « J’ai toujours aimé l’adrénaline que procurent les pistes avec leurs côtes, leurs vallées et tous les défis techniques qu’elles présentent. Les gens pensent souvent qu’il suffit d’accélérer, mais ça demande énormément de concentration, d’endurance et d’entraînement », affirme-t-il.

Sa fille partage cette opinion. « Selon moi, c’est le sport motorisé où le pilote fait toute la différence. En Formule 1, par exemple, la voiture joue un rôle énorme. En motocross, c’est vraiment la technique, l’expérience et la condition physique qui font la différence. »

Un événement familial

Au-delà de la compétition, les organisateurs souhaitent offrir une expérience accessible à tous. Cette année, un parc de jeux, des structures gonflables, des maquilleurs, une chasse au trésor ainsi qu’une piste peewee destinée aux enfants et aux débutants étaient proposés.

« Le motocross est un sport familial. On y retrouve des catégories de compétition pour les enfants, les femmes et les hommes. Il permet de se rassembler lors des événements et de faire du camping sur les sites de compétition. C’est aussi l’un des sports motorisés les plus abordables parce que les motos nécessitent peu de modifications », souligne Mme Pepin.

Malgré les contraintes découlant d’un jugement de la cour, il y a quelques années, limitant les activités du site à deux événements majeurs par an, la famille Pepin continue de dévouer temps et énergie aux événements de motocross.

« Avec les bâtons dans les roues que nous avons eus, si nous continuons d’investir et d’améliorer les installations, c’est uniquement par passion. Le motocross est malheureusement victime de préjugés. Nous mettons énormément de cœur dans l’aménagement du circuit et l’organisation des compétitions. En plus de réunir des passionnés, elles génèrent assurément des retombées économiques pour les commerçants locaux », conclut Mme Pepin.