Sainte-Julie : l’Épicerie solidaire ouverte à tous
La fondatrice, Nathalie Garand, fait état des défis rencontrés pour accroître la popularité de l’Épicerie solidaire de Sainte-Julie et assurer sa pérennité.
L’Épicerie solidaire compte actuellement quelque 2000 membres, ce qui demeure peu, selon Mme Garand, surtout dans un contexte d’inflation du prix des aliments. Selon elle, il y a encore une méconnaissance des services de l’établissement. « Certains croient, à tort, qu’ils vont prendre la place de personnes dans le besoin ou qu’ils vont vider l’épicerie. Les clients peuvent acheter autant de produits qu’ils le souhaitent, sans priver qui que ce soit, mentionne-t-elle. Au contraire, j’ai aussi besoin d’une clientèle qui n’a pas nécessairement besoin de l’aide alimentaire pour augmenter mon pouvoir d’achat. Si des clients veulent acheter en plus grande quantité, ce n’est pas un problème. J’ai plusieurs fournisseurs vers qui me tourner pour remplir mes tablettes. »
La directrice pense également que certaines perceptions erronées sont peut-être causées par un faux pas involontaire en matière de marketing. « J’ai fait apposer le logo de la Maison de l’Entraide sur le mur de l’Épicerie solidaire puisqu’elle fait partie d’un de nos volets importants, mais cela a eu malheureusement pour effet que l’on croit, à tort, que c’est un service d’aide alimentaire », en déduit-elle.
Défis de financement et de visibilité
Marie Robinson, grossiste à l’épicerie depuis deux ans, croit que la popularité du commerce augmenterait avec davantage de visibilité. « Nous avons une page Facebook, mais notre clientèle est aussi plus âgée, donc moins encline à consulter sur Internet. Il faudrait faire plus de publicité papier, notamment dans les journaux, mais nos ressources financières sont limitées. Il faut miser davantage sur le bouche-à-oreille. Les organismes à but non lucratif disposent souvent de peu de subventions et c’est notre cas », déplore-t-elle. Elle souligne, à titre d’exemple, que le financement gouvernemental fédéral pour l’embauche d’étudiants à la Maison de l’Entraide a été réduit cette année, passant de six étudiants subventionnés à deux, ce qui représente une perte d’environ 25 000 $ pour l’organisme.
Malgré ces défis, maints efforts sont déployés afin de faire connaître davantage le commerce. Une coordonnatrice s’est notamment jointe à l’équipe au début de l’année pour améliorer le marketing et assurer une plus grande présence sur les réseaux sociaux. Des ateliers de cuisine collective sont également offerts depuis le début du mois de janvier dans les locaux du commerce de 3000 pieds carrés. « L’épicerie fournit les produits de base comme la farine ou le riz, et les participants sont encouragés à acheter sur place pour cuisiner leurs recettes », explique Mme Garand.
La directrice entreprend de nombreuses démarches auprès de fournisseurs québécois afin d’offrir une variété de produits locaux, voire artisanaux. « Nous avons aussi des produits fins. Oui, on peut trouver du confit de canard dans une épicerie solidaire! », lance-t-elle en riant. Elle s’efforce également de maintenir des prix abordables : « Je n’ai pas le pouvoir d’achat des grandes chaînes, mais ma marge de profit est plus faible, ce qui me permet d’offrir des prix compétitifs. Les produits varient. Parfois, c’est un one-shot deal. Dernièrement, j’ai eu un bon prix pour un lot de fromage bio québécois. Je le vends autour de 7 $, alors qu’il se détaille environ 12 $ dans certains supermarchés. »
Un projet de coeur
Johanne Brissette, une résidente de Sainte-Julie depuis 32 ans, a découvert l’Épicerie solidaire l’automne dernier sur la page Facebook des Julievillois. Interrogée sur place, la cliente régulière apprécie particulièrement les repas préparés et les mets congelés santé pour ses petits-enfants. « Il y a des produits que l’on ne retrouve pas ailleurs dans les supermarchés et les profits soutiennent la Maison de l’Entraide, alors c’est une très bonne chose, dit-elle. Et ma fille a des triplets, alors ça demande un bon budget! J’apprécie aussi le fait que les produits sous vide soient étiquetés avec la liste des ingrédients, car les enfants ont des allergies alimentaires. »
C’est avec ce genre de témoignage que Mme Garand garde espoir que l’Épicerie solidaire gagnera en popularité. Lorsqu’on l’interroge sur le sort réservé au commerce s’il n’est pas davantage rentable, elle répond d’une façon déterminée. « J’y tiens vraiment. Nous desservons beaucoup une clientèle âgée dans le secteur qui compte trois résidences. Il n’y a pas d’épicerie à distance de marche, ce qui crée un désert alimentaire. C’est pourquoi la pérennité de ce projet me tient d’autant plus à cœur. C’est certain que l’on se questionne, mais je veux maintenir le projet, j’y crois. Il nous faut plus de financement », conclut-elle.
Une épicerie distincte
Le commerce, situé au 500, avenue Jules-Choquet, a vu le jour en août 2024. Il est adjacent à la Maison de l’Entraide, un organisme communautaire qui soutient les familles et les plus démunis, dont Mme Garand est aussi la fondatrice. « On ne voulait pas que les gens pensent que nous sommes une banque alimentaire. De là l’idée d’une épicerie solidaire dans un local distinct, ouverte à tous », précise-t-elle.
Elle s’approvisionne auprès d’une trentaine de grossistes et de fournisseurs locaux afin de proposer une gamme d’aliments frais et congelés, des denrées non périssables et des produits d’hygiène. Trois niveaux de tarification sont proposés : une marge de profit de 3 % pour les personnes ayant besoin d’aide alimentaire, de 8 % pour les résidents de Sainte-Julie et de 13 % pour les non-résidents. L’adhésion est gratuite; il suffit de présenter une preuve de résidence.
Les aliments bientôt périmés sont finalement donnés à la banque alimentaire de la Maison de l’Entraide pour distribuer afin d’éviter le gaspillage.
